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Splendeur d'un échec réussi
B.S. Johnson est un écrivain majeur de la seconde moitié du XXe siècle, très mal connu en France. Cette biographie devrait remédier à cette méconnaissance…
Olivier Renault, Page des libraires, janvier-février 2010

Etonnant de voir un auteur aussi « traditionnel » que Jonathan Coe s'occuper d'un écrivain aussi « avant-gardiste » que B.S. Johnson. Le second a passé sa vie à conspuer les écrivains traditionnels, dont l'esthétique demeurait la même que Dickens. Coe est fasciné par ce bouillant écrivain, intransigeant, exigeant, joueur, expérimentateur qui, à la différence de tant d'autres laborantins d'écriture, ne s'est jamais cantonné dans un formalisme pur. L'impureté siérait mieux à Johnson… qui n'oublie jamais ce qui fait le fond de l'affaire humaine : sexualité, folie, sens ou absurdité de l'existence, les échecs variés, la maladie, la mort.

Johnson affirmait que « raconter des histoires, c'est raconter des mensonges ». Il s'agit toujours d'une histoire de ratage (lui-même s'est suicidé à 40 ans) ; tenant compte de son admiration pour Beckett, il a donc appris à mieux échouer. Puisqu'il fallait trouver des formes nouvelles pour rendre compte de nos nouvelles réalités, il a exploré les formes : monologues intérieurs superposés aux bruits extérieurs (clivage de la conscience et de l'écoute flottante) ; perforation des pages d'Albert Angelo de sorte que le lecteur puisse anticiper sur le récit, déjouer la primauté de la narration (et faire entrevoir… l'avenir de la littérature !) ; refus de la reliure dans Les Malchanceux, de manière à ce que le lecteur puisse lire les feuillets dans un ordre aléatoire mais toujours signifiant.

L'une des grandes forces de cette biographie, c'est d'avoir su penser sa forme, d'avoir refusé la linéarité chronologique pour un écrivain qui la rejetait. Coe ne commence donc pas platement par la naissance, mais par une anecdote, puis un résumé des romans, puis des fragments biographiques… Belle réussite sur un échec… réussi.
Olivier Renault


26/01/10
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