Un témoignage littéraire singulier.
Elisabeth Philippe, Les Inrockuptibles, n° 727, 4 novembre 2009
Dans Le Dossier Robert, son premier roman, (l'écrivain Karsten Dümmel) recrée toute la perversion du système de surveillance paranoïaque de la RDA grâce à son style laconique et glaçant. Ses phrases courtes, tranchantes, se font l'écho des voix muselées par le régime. Même la nature, lugubre, est hostile. La trame du livre présente de nombreuses similitudes avec La Vie des autres, film auquel Dümmel, ancien prisonnier politique, a participé en tant qu'« expert » : fin des années 70, Robert K., docteur en physique, condamné à laver des carreaux parce qu'il appartient à un petit groupe qui se bat pour la liberté d'expression, trouve refuge dans son amour pour Maria, elle aussi fichée par la Stasi, et qui le trahira. Le récit, ponctué de rapports de surveillance, puise sa force dans sa construction chorale qui enchevêtre, tout en les enfermant, les destins de personnages piégés dans cet État-prison. Le Dossier Robert n'est peut-être pas le Wenderoman tant attendu, mais il constitue un témoignage littéraire singulier, et non une simple chronique impersonnelle.
Elisabeth Philippe