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Si en plus, il faut croire aux choses qu'on enseigne!
Par Happy Few, le blog avec de la Kulture à l'intérieur, 17-01-2009

Londres, années 60. Albert a vingt-sept ans, il est architecte sans emploi et prof vacataire pour gagner sa vie. Il est nommé dans le quartier d'Angel, un quartier très difficile où les élèves sont odieux. Il traîne sa vie, entre un métier qu'il ne considère pas comme tel, des virées nocturnes avec son pote Terry et ses souvenirs de Jenny, qui l'a quitté il y a plus de quatre ans.


Albert Angelo est un roman expérimental publié en 1964 par B. S Johnson, romancier anglais, qui est traduit pour la première fois en français et pour lequel j'ai eu un coup de cœur ! Il raconte une année dans la vie désenchantée d'un jeune homme qui a vécu la guerre, qui vient de quitter ses parents et qui mène une existence routinière dont il n'arrive pas à sortir. Envahi par une espèce de léthargie née de sa personnalité et de son échec amoureux, il est peu à peu détruit par son job de prof remplaçant, la confrontation quotidienne avec des élèves très pénibles le vidant peu à peu de toute énergie et de toute substance. Les narrations multiples, qui alternent première et troisième personne, stream of consciousness et dialogue plus ou moins théâtral, loin d'alourdir le propos le rendent encore plus lumineux. Il y a des pages d'une justesse folle sur l'enseignement, sur l'immense difficulté à trouver l'énergie de lever la tête jour après jour quand ce qu'on fait paraît totalement vidé de sens, sur les défaites quotidiennes, sur le laxisme de l'administration, sur la violence adolescente non canalisée, des pages d'une modernité presque cruelle (ce roman a 45 ans et il se passe dans un autre pays, mais j'ai eu l'impression de revivre une douloureuse expérience). Et à côté de ce discours, souvent drôle (car l'humour est la politesse du désespoir), on trouve des réflexions sur sur l'architecture londonienne (car Londres est un personnage à part entière, parfois fantomatique, quasi en ruines dans certains quartiers), sur l'amour, sur la création artistique (il y a deux trous dans le roman, deux pages coupées qui donnent à voir "le futur de la fiction", fiction que Johnson définit ainsi : "Raconter des histoires, c'est raconter des mensonges"), sur la re-création autobiographique (avec intervention de l'auteur qui déconstruit en quelque sorte sa propre fiction en expliquant ce qu'il a tenté de faire, les ajouts, les modifications apportés à sa propre vie) qui ne sont jamais artificielles et toujours passionnantes. Une lecture pas forcément facile mais que je recommande très chaudement,

http://happyfew.hautetfort.com/archive/2009/01/15/si-en-plus-il-faut-croire-aux-choses-qu-on-enseigne.html

25/01/09
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